Davy Guillarme

Des concepts fondamentaux en chromatographie pour résoudre des problématiques d’industriel

Davy Guillarme, est Maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Genève, au sein de l’ISPSO (Institute of Pharmaceutical Sciences of Western Switzerland). Il animera une conférence prémium sur « les approches chromatographiques innovantes pour la caractérisation détaillée des produits biopharmaceutiques » lors des prochaines journées Polepharma du Biotesting, les 7 & 8 juin prochain à Evreux.

 

Davy, quels sont vos axes de recherche au sein de votre laboratoire ?

Nous travaillons principalement sur la caractérisation des anticorps thérapeutiques et de leur dérives (anticorps bispécifiques, protéines de fusion, ou ADC (Antibody Drug Conjugated)). On développe des méthodes moderne d’analyse basées sur divers modes de chromatographie liquide couplés à la spectrométrie de masse (LC-MS). Nous développons de nouvelles stratégies d’analyse permettant d’améliorer la vitesse d’analyse, la sélectivité, la sensibilité ou le couplage avec la MS. Ces développements sont motivés par le fait que nous travaillons avec des échantillons difficiles à caractériser finement, que nous obtenons de la part de partenaires industriels et que nous arrivons à caractériser grâce à la complémentarité des modes de chromatographie. De manière synthétique, mon champ d’expertise s’appuie sur l’utilisation de la chromatographie et de la spectrométrie de masse pour la caractérisation de tout ce qui est anticorps et dérivés.

Cela fait plus d’une dizaine d’années que l’on travaille sur cette problématique Anticorps et dérivés ; et que l’on essaie de caractériser le plus finement possible toute sorte de variants : de charge, de glycosylation, de taille, ou d’hydrophobicité par exemple.

On utilise très peu le « peptide mapping » ou cartes peptidiques, qui sont des techniques qui tournent déjà en routine, et qui ne nécessitent pas d’innovation particulière.

Nous réalisons le plus souvent nos analyses à l’échelle intacte, ou à l’échelle des sous-unités (réduction et digestion avec l’IdeS pour obtenir de gros fragments de 25, 50 ou 100 kDa). Les principaux modes chromatographiques que nous utilisons sont le HILIC, la RPLC, le HIC, la SEC, l’IEX, ou la chromatographie d’affinité…

 

Quelles sont les particularités des approches chromatographiques innovantes que vous présenterez lors des JPB23 ?

Ma présentation s’articulera autour d’un panel de modes de chromatographies pour la caractérisation détaillée des produits biopharmaceutiques afin de démontrer pour chaque mode, quel est leur utilité dans le cas des anticorps et leurs dérivés.

On fait également beaucoup de chromatographie multidimensionnelle (2D-LC), c’est-à-dire que l’on couple deux dimensions de chromatographie complémentaire en séquentiel, avec un système de vanne entre les 2 dimensions chromatographiques pour récolter ce qui sort de la première dimension, puis ré-analyser dans le seconde dimension, le but de cela est d’augmenter la capacité de séparation en utilisant deux dimensions orthogonales. Par exemple, on peut utiliser une première dimension où l’on sépare en fonction de l’hydrophobicité,  et dans l’autre dimension en fonction de la charge ou de la glycosylation. Puis, on peut coupler cette 2D-LC à la MS également.  En résumé, je présenterai de nombreuses innovations au niveau de l’utilisation de la chromatographie.

 

Vos travaux de recherche s’apparentent plus à de la recherche fondamentale ou de la recherche appliquée ?

Nous sommes à l’interface entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée, c’est ce qui est le plus intéressant car on utilise des concepts fondamentaux pour résoudre des problématiques de terrain d’industriels ! Nous collaborons beaucoup avec l’industrie pharmaceutique/biopharmaceutique, en Suisse (Roche, Novartis) ou dans le monde (Genentech, Ferring, Bayer ou Merck).  Nous sommes confrontés aux vraies problématiques de l’industrie, et on a accès à des échantillons réels.

On n’est pas dans une simple analyse de tel ou tel anticorps connu, mais on travaille sur des biomolécules innovantes diverses et variées et c’est ce qui est intéressant dans nos travaux de recherche. Et comme un certain nombre d’entre eux ont fait l’objet de publication, j’ai la possibilité de présenter librement nos travaux et de les partager lors des journées du Biotesting. Cela est d’autant plus pertinent que même si, bien sûr, on doit faire du fondamentale, le but de ma recherche est de faire du lien avec les besoins de l’industrie.

 

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